Fabienne, les anneaux au cou 

Il y a ceux qui visent les étoiles, et puis il y a ceux pour qui le Graal, ce sont les cinq anneaux olympiques.

Ces symboles puissants, souvent inaccessibles, représentent bien plus qu'une simple médaille.

Ils incarnent l'accomplissement d'une vie dédiée au sport et à la discipline.

Et lorsqu’on croise la route d’une athlète olympique, impossible de ne pas vouloir en savoir plus.

Surtout quand cette olympienne est mauricienne !

J'ai la chance de bien connaître Fabienne St Louis, une triathlète qui a marqué sa discipline alors peu pratiqué à Maurice. Elle participe à plusieurs championnats internationaux et participe notamment aux Jeux Olympiques de Londres en 2012 et Rio en 2016. Elle partage avec nous son histoire entre Maurice et la France, et surtout sur ce rêve olympique qu’elle a réussi à atteindre.

Qu’est-ce que tu as ressenti en quittant Maurice après ton Bac ?

J'avais 18 ans, donc je ne me rendais pas vraiment compte de ce que cela pouvait représenter. À ce moment-là, j'étais hyper excitée à l'idée de partir à l'aventure en France, un pays que je connaissais et aimais déjà. L'excitation de découvrir un autre monde, d'être seule pour la première fois loin de ma famille… C'était une aventure formidable, une nouvelle étape de ma vie.

Est-ce que Maurice te manquait quand tu étais en France ?

Le manque de Maurice s'est vite fait ressentir. Bien sûr, la famille, qui était loin, mais aussi cette sensation d’être loin de la mer. L'île fait partie de moi, et au bout de ma deuxième année en France, revenir à Maurice au moins un mois en décembre était devenu une nécessité, limite vitale.

Combien de temps as-tu passé en France et pourquoi es-tu rentrée à Maurice ?

J'ai passé 14 ans en France. Je suis rentrée à Maurice à la suite d' une opportunité professionnelle pour mon mari, qui est français. Ce déménagement, bien que lié à sa carrière, m'a permis de revenir aux racines et de renouer avec ce que j'aime le plus : Maurice.

Comment s'est passé le retour à la vie mauricienne ?

"Ce retour a été doux, comme nager dans la Seine. C'est un peu l'image que j'ai en tête, un mélange d’habitude et de bonheur retrouvé. Tout s’est bien passé, nous avons trouvé nos marques. Je redécouvre chaque jour les petits plaisirs que Maurice a à offrir. C'est un retour aux sources, un équilibre parfait.

Qu'est-ce qui te plaît dans la vie à Maurice ? Et qu'est-ce que tu n'aimes pas ?

La simplicité des choses, la gentillesse des gens, l’environnement familial, le cadre de vie… tout cela me plaît énormément ! Maurice a un rythme qui est propre à elle, une sérénité que je n’avais pas en France. Cependant, ce que je n’aime pas, c'est l'isolement, dans le sens où voyager devient tout de suite plus compliqué et plus cher. Et parfois la taille du pays peut aussi être un frein. Mais en toute honnêteté, comparé à tous les avantages que l'île offre, ces inconvénients ne sont rien ! 😉

C'est quoi une année type de preparation aux JO ? 

La préparation pour les Jeux se fait sur 4 ans, avec une période de qualification de 2 ans. Pendant ces deux années, tu dois cibler un certain nombre de courses internationales où tu dois être en forme à chaque fois pour marquer des points

Qu'est ce qui a été le plus challenging pour preparer les JO ?

 Pour Londres, l'enjeu était d’avoir accès à mes premières Coupes du monde, car je n’étais pas bien classée dans le ranking mondial ! J'étais souvent sur liste d’attente, espérant que des filles inscrites se désinscrivent et je n’étais ajoutée à la start list que deux semaines avant… C’était assez stressant. Puis, au fur et à mesure, je me suis fait une place dans le classement mondial, ce qui a rendu les choses un peu plus gérables. 

Un autre gros challenge pour moi était aussi de trouver les budgets nécessaires pour partir à l’autre bout du monde et participer à des courses offrant beaucoup de points à la clé

A quelle moment de ta vie tu as voulu participer aux JO ?

Lorsque je suis allée à Athènes en 2004, j’ai eu la chance d’être sélectionnée pour un camp de jeunes athlètes prometteurs afin de vivre l’ambiance des Jeux olympiques. Après ces deux semaines, cet événement s’est inscrit sur la liste de mes rêves… mais de ceux que je voulais ABSOLUMENT réaliser !

Es-tu fière d’être mauricienne ? Qu'est-ce que ça fait de porter les couleurs de son pays aux Jeux ?

Je suis hyper fière d’être 100% mauricienne. Je me dis souvent que j'ai eu la chance de naître sur cette île et d'avoir grandi avec les valeurs qu'elle transmet. Porter les couleurs de Maurice aux compétitions internationales a été un honneur immense. Lors des Jeux Olympiques, avoir ce quadricolore sur le dos me poussait à me surpasser. En plus, il est beau ce drapeau, non ? 😉 C'est un sentiment d'une fierté immense et indescriptible.

Fabienne a mis fin à sa carrière d'athlète professionnelle après les Jeux de Rio. Le sport, elle en fait maintenant par plaisir.

Elle est ensuite rentrée dans le groupe Decathlon pour devenir Responsable Rayon en région parisienne. Une belle façon de garder un lien avec sa passion. 

En 2021, de retour sur son île avec son mari elle fait partie des équipes qui ouvrent le 1er magasin Décathlon à Maurice (Bagatelle). 

Puis elle occupe un poste de professeur de sport dans une école pour finalement rejoindre un grand groupe Mauricien en tant que Community Associate.

J’ai donc la chance de profiter de son éternelle bonne humeur tous les jours, puisque nous travaillons directement ensemble.

Hors du bureau, vous pouvez la croiser régulièrement sur les sentiers de trail ou en haut de la Tourelle, à vélo à Chamarel ou bien en train de nager à la Preneuse.

Elle partage toujours avec beaucoup de générosité son passé sportif. 

Un de ses nouveaux défis ? Maman de 2 enfants, franco-mauriciens, dont un petit garçon de quelques jours.